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S.O.S. Père-Noël et les Popes

Les rebondissements de la vie de gardien de phare

Le mode de vie des gardiens de phare diffère selon la situation géographique de leur station. Par exemple, à Anticosti, le capitaine Thibault, du Bic, à bord de la chaloupe Ma Sonia, livre le courrier autour de l’île durant l’été. L’hiver, les sacs de malle arrivent du haut des airs. Un avion passe une fois par mois.

C’est ainsi qu’au phare de Pointe Sud-Ouest, en ce 24 décembre 1958, le gardien de phare, Évariste Ferguson, et son assistant, Owen Gleeton, reçoivent leur courrier. Après l’avoir ramassé, Owen, tout content, ouvre ses lettres avant l’heure du souper. Évariste est affairé autour du poêle. Il fait cuire une dinde. Une bonne chaudronne de soupe est en train de mijoter. C’est le repas de Noël. Soudain, le feu prend dans la cheminée et se répand très rapidement dans la cuisine. Les deux hommes ont tout juste le temps de sortir, un, avec le radiotéléphone et la batterie, l’autre, avec la dinde et la soupe. Mais dans son énervement, Évariste rapporte la soupe et la dinde dans la maison en flammes. Il n’y a plus rien à manger.

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Il fait très froid ce soir-là. Un grand hangar leur sert d’abri. Mais il y a trois centimètres de frimas au plafond et sur les murs. C’est glacial. De peine et de misère, les hommes réussissent à mettre le radiotéléphone en fonction. Ils ont l’espoir de capter Robert Kavanagh, de l’île aux Perroquets. Tous les soirs, il fait le père Noël sur la fréquence 1792 kHz.

Vers 19 heures 30, comme d’habitude, et pour la dernière soirée cette année, Robert parle aux petits enfants des gardiens de phase. Avant de terminer sa transmission, il souhaite une bonne année à tous les gardiens. Robert entend alors un faible signal et comprend que c’est un S.O.S. Il était temps! Dans cet abri de fortune à Pointe Sud-Ouest, les batteries perdent rapidement leur énergie. Il suggère aux deux gardiens en détresse de laisser le tracteur en marche pour charger les batteries. Il s’empresse ensuite d’envoyer un message au ministère des Transports.

Dans le hangar, Évariste et Owen mettent le tracteur en marche et branchent une fournaise à l’huile qui donne un peu de chaleur. Assis sur un banc, collés à la fournaise, les hommes n’ont qu’un espoir. Et cet espoir repose sur Robert, le seul qui a pu les capter.

Le Labrador, ancré à Halifax, reçoit l’ordre de Québec d’aller secourir les deux hommes. Le bateau ne peut approcher du rivage à cause des glaces. Les matelots mettent donc une chaloupe à la mer. Après avoir marché sur la banquise, ils arrivent à la rescousse des sinistrés. Ces deux hommes sont exténués de fatigue, de froid et de faim. Durant trois jours, ils attendent ce secours avec, pour toute nourriture, un sac de capelan sec.

Enfin à bord du bateau, dans la joie d’être sauvés, Évariste perd connaissance. Les deux hommes sont transportés dans un hôpital de Québec. Rétablis, ils rejoignent ensuite leur famille le 29 décembre. Par la suite, Évariste et Owen disent à qui veut entendre : « C’est grâce à Robert si nous sommes vivants aujourd’hui .» Évariste Ferguson et Owen Gleeton, originaires de Cap-des-Rosiers, sont des cousins germains de Robert.

Récit tiré de 

L’auteur remercie Mme Yvonne Ferguson, avec qui il s’est entretenu en août 1995, pour l’avoir aidé à reconstituer ce récit

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